Sous sa forme orale le SEFER YETSIRA ou livre de la création était connu en Provence dès le milieu du Xème siècle, à peu près au même moment que le Talmud codifié ( Il avait été transcrit vers l'an 900 par le grand maître Saadya Gaon à Soura).
Le Sefer Yetsira ne laissa pas indifférent les savants de la communauté. Il allait provoquer l'émergence d'une nouvelle théorie de la connaissance : la Kabbale.
C'est curieusement à l'heure où Saint Louis, se conformant en 1242 à une ordonnance du pape Grégoire IX, faisait brûler à Paris tous les exemplaires du Talmud que ses troupes avaient pu trouver : soit 24 charrettes, que les juifs de provence allaient plus avant dans leur reflexion sur le sens du monde et s'attachaient à formuler une pensée aussi traditionnelle que le talmud, mais fondamentalement très différente des habitudes de pensée ayant prévalu jusqu'alors.
Dès le début du XIIè siècle, des maîtres du talmud avaient abordé une connaissance ésotérique et secrète. Abraham Ben Isaac, rabbin de Narbonne mort en 1171 avait reçu un enseignement de la bouche même de Juda Ben Barzilaï de Barcelone auteur d'un commentaire du Sefer Yetsira. Son petit-fils Isaac l' Aveugle (1165-1235) déclara plus tard que Abraham Ben Isaac et ses proches restèrent muets sur ce type d'enseignement. Cela n'empêcha pas la constitution d'une tradition dont est issue la Kabbale provençale.
Les premières expressions cabalistiques étaient la conjugaison d'impulsions mystiques et d'un savoir authentique. A la même époque étaient parvenus en Provence les éléments d'un traité exposant les thèmes essentiels de la reflexion mystique : le Sepher Bahir ou livre de la clarté. L'importance du Sepher Bahir, du Sepher Yetsira, l'individualisme, l'originalité des talmudistes provençaux, l'influence sourde de certains aspects de la civilisation chrétienne (catholique et cathare) la philosophie gnostique allaient représenter le creuset d'une nouvelle pensée. Peu à peu se forme l'idée que les choses avaient un secret et que nul ne pouvait arriver à un semblant de verité sans une révélation apportant l'élément primordial, le chaînon manquant.
Le texte original du Sepher Yetzira se termine juste avant le dernier verset du 5e chapitre. Il n'a pas encore été possible de dater les ajoutes. Il est toutefois probable que le 6e chapitre n'ait pas été rédigé par un seul auteur.